février 2012

Le patriarcat est rarement — voire, jamais — un choix politique conscient

Car, pour se détacher d'un mouvement dans lequel on est pris, il est nécessaire de le comprendre, d'en analyser les rouages et de ne pas en sous-estimer l'emprise. Une manière de mettre en pratique le fameux «Connais-toi toi-même». Car nous ne sommes pas faits seulement de nos traits individuels. Nous sommes également faits de l'impensé culturel que nous avons assimilé sans le savoir, qui a façonné notre moi-idéal et fourni à nos désirs une trame socialisée.

François Flahaut, Le crépuscule de Prométhée; contribution à une histoire de la démesure humaine

«I hate you for making me do this to you»

Dans Project Unbreakable, Grace Brown photographie des victimes d'agression sexuelle. Dans leurs mains, un carton indique ce que leur agresseur leur a dit au moment du crime.

L'oeuvre est forte, dérangeante, troublante. Le mot «choquante» lui a été associée. L'oeuvre n'est pas choquante. Ce qu'elle représente, oui, mais pas l'oeuvre elle-même.

L'oeuvre dérange parce qu'elle met en scène une réalité qu'on préfère taire. Qui veut savoir qu'il y a autant de victimes d'agressions sexuelles? Qui veut savoir la cassure imposée par l'agression?

L'oeuvre dérange parce qu'elle ne présente pas des victimes repentantes. Les agresseurs sont là, presque pointés du doigts, présents à travers leurs mots.

L'oeuvre trouble parce que les mots prononcés par les agresseurs sont choquants. Par leur incohérence. Leur violence. Leur hypocrisie.

L'oeuvre est forte parce qu'elle refuse tout tabou, toute censure, tout interdit. Parce qu'elle dénonce l'agression, le viol, la haine, la rage, le sexisme.

J'ai découvert le travail de Grace Brown par le biais d'un article de Sophie Allard dans La presse.

• Photo: Grace Brown, tous droits réservés.

Féminisme et net art, un même combat?

J'ai écouté La sphère à Radio-Canada. Parce qu'il y était question de net art. Et qu'une copine y était invitée pour en parler.

Et j'ai ragé.

La copine est vraiment très, très, très calée en net art. Mais l'animateur lui posait des questions dans lesquelles il y avait déjà des réponses. Bref, il semblait avoir son idée du net art et vouloir se la faire confirmer pas son invitée. Plutôt que d'écouter ce qu'une des rares spécialistes du sujet avait à dire. Vraiment dommage.

À un moment, il a même mis toutes et tous les net artists dans le même bateau. Un peu comme on met toutes et tous les féministes dans la même catégorie. Ce qui est terriblement réducteur. Et condescendant.

Refuser à un mouvement, à un groupe sa pluralité, sa complexité, ses différents aspects, voire, ses contradictions, c'est en renier l'existence, c'est en faire un monolithe encombrant.

Je me demande s'il aurait été aussi cavalier dans sa technique d'entrevue avec un homme?

Pourquoi a-t-on peur de la sexualité?

La question est honnête. Je me demande sincèrement pourquoi on a peur de la sexualité.

Dernièrement, j'ai découvert la série Hard sur Tou.tv. Or, depuis quelques jours, la série n'est disponible que de minuit le soir à 4 heures du matin, en cohérence avec les «politiques programmes» de Radio-Canada et «afin de s'assurer que la série HARD ne soit pas vue par des enfants». Cela fait suite, semble-t-il, à un déluge de commentaires faits à la société d'État par le premier ministre, le ministre du Patrimoine canadien et des langues officielles, de même que plusieurs ministres de tous les partis.

Les arguments rapportés dans l'article du Toronto Sun:

  • Ce choix de programmation ne peut être défendu;
  • On devrait s'inquiéter des choix faits par Radio-Canada/CBC avec l'argent des contribuables;
  • Hard est du contenu choquant et Radio-Canada devrait s'assurer qu'aucun contenu de cette nature ne soit diffusée en ligne;
  • Ce contenu s'adresse de toute évidence aux adultes et ne devrait pas être accessible aux enfants;
  • La mission de Radio-Canada est de diffuser du contenu de qualité, et non pas ce type de matériel.

Ce choix de programmation peut tout à fait être défendu. Il s'agit d'une série très bien écrite et très bien réalisée. Avant d'apparaître sur Tou.tv, elle a très bien fonctionnée en France et dans d'autres pays (oui, bon, l'Europe et l'Asie sont peut-être moins puritaines que l'Amérique du Nord).

Et si on cause argent des contribuables, eh bien, je suis une contribuable, et je suis très contente que ma contribution serve, même dans un très infime pourcentage, à diffuser Hard dans le site de Tou.tv. Et je ne suis vraiment pas la seule à être satisfaite si j'en crois les commentaires laissés dans les pages Facebook de Radio-Canada et de Tou.tv.

En fait, si on entre dans cet argument, il y a beaucoup d'autres dépenses effectuées ou par des sociétés d'État ou par le gouvernement même que je voudrais critiquer et remettre en question. Par exemple, le fait qu'on investit très peu dans les programmes d'éducation à la sexualité. Si on le faisait, peut-être qu'on n'aurait pas besoin de mettre des oeillères et des bouchons d'oreille à nos enfants chaque fois qu'il est question de sexe. Peut-être qu'on apprendrait à discuter sexe avec nos enfants (ou même entre adultes, tant qu'à y être, d'une pierre deux coups!). On aura compris que je prône l'éducation, notamment le développement du sens critique, plutôt que la censure. Je préfère le respect à la condescendance; la liberté à la prison «pour le bien d'autrui» (les prisons ne sont jamais pour son propre bien à soi, étrange, non?).

Le nature choquante des contenus télévisuels (ou de tout autre contenu culturel) est une chose bien relative. Personnellement, je suis choquée par la quantité de contenus idiots et insipides que diffuse Radio-Canada/CBC. Mais je ne prends jamais le temps de m'en plaindre en disant que mes sous sont ainsi très mal investis.

Dans le cas de Hard, je n'ai pas envie de me taire. Probablement parce que je fais dans la littérature érotique/pornographique. Probablement parce que je suis féministe. Mais surtout parce que j'en ai marre de la censure qui entoure tout ce qui touche au sexe. Surtout quand on prétend ainsi protéger les enfants. Il n'y a pas si longtemps encore, on prétendait, avec de telles actions, protéger les femmes et les enfants.

Bref, j'ai écrit à mon député fédéral et à Radio-Canada pour contester la censure de Hard. Et je vous invite à faire la même chose. Parce que ça donne parfois des résultats. Sans oublier l'effet cathartique.

Un fil RSS pour les commentaires

Parce qu'il se trame des choses fort intéressantes dans les commentaires de la dérvie photo (section Black Box HCB), j'ai installé un fil RSS pour les commentaires. (On prie pour que ça ne brise rien dans le site, c'est la version développement du module!)