février 2012

Tough love

Dans son profil Facebook, elle publie une image. Un oiseau est complètement déplumé; ses plumes recouvrent un pair d'oisillons qui dorment à ses côtés. Commentaire: «À [sic] ce qu'une mère peut faire ........... pour ses petits ;)».

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J'ai peut-être huit ans. Pendant le cours de mathématiques, je vomis tout ce que j'ai dans le corps sur mon cahier d'exercices. Gastro. L'école téléphone à la maison pour que ma mère vienne me chercher. Il semble que la souffleuse vient de passer et qu'il y a un banc de neige de deux pieds de haut au bout du driveway. Elle fonce dedans à toute vitesse. Sa fille est malade. Pas le temps de pelleter.

Elle racontera souvent cette histoire par la suite, se donnant le rôle de l'héroïne invincible. Parfois, elle aura même une larme au coin de l'oeil.

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Des années plus tard, quand je lui dis que deux hommes de la famille m'ont passé sur le corps quand j'étais gamine, il n'y a plus d'héroïsme.

Elle est incapable d'entendre mon histoire, de l'écouter, d'en parler.

Par contre, l'histoire de Nathalie SImard, ça, elle est capable d'en parler. De se fâcher. De s'indigner.

Devant les viols de sa propre fille: silence.

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Elle m'avoue qu'elle a mis tous ses oeufs dans le même panier et qu'elle s'est trompée. Elle a cru en mon frère, pas en moi et, pourtant, c'est moi qui ai réussi. Dit-elle.

Aucun mot ne sort de ma bouche.

Such a cheap shot. Such a cheap, cheap shot.

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Elle est à l'émission de Jeannette Bertrand. Le sujet du jour concerne les couples.

Ma mère y est parce que mon père et elle passent plusieurs semaines par mois séparés. Elle dit que l'important, c'est la communication. Elle insiste beaucoup sur le mot, détachant chaque syllabe: com-mu-ni-ca-tion. Elle répète l'idée à plusieurs reprise. Elle précise que, souvent, quand mon père revient d'un séjour à l'extérieur, ils ne font pas l'amour le premier soir, trop occupés à com-mu-ni-quer.

Elle se croit. Elle s'énonce et elle se croit.

Il n'y a plus de désir entre mes parents depuis longtemps. Je me demande s'il y en a déjà eu.

Ma mère ne sait pas communiquer. Elle ne sait pas écouter, entendre, recevoir.

«Mais Anick, je ne comprends pas. Explique-moi.» J'ai déjà fait mille versions de la même histoire, du même argument.

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J'ai pris plus longtemps à saisir l'imposture de l'amour maternel que celle de la communication.

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Dans ma famille, on a longtemps cultivé l'idolâtrie. Mon père a été avant toute chose une figure de l'absence. Un clown qui rentrait un week-end sur trois avec des cadeaux dans ses valises.

En ce sens, ma mère ne l'a pas eu facile. Elle s'est tapé toute seule l'élevage des enfants.

Elle nous a légué sa conception vraiment fuckée de ce que devrait être l'amour. Il nous a laissé un grand vide béant.