Se raconter des histoires
D'entrée de jeu, dans sa conférence, Tyler Cowen annonce qu'il faut se méfier des histoires. Du coup, je me méfie de Tyler Cowen. Après tout, je suis une avatar littéraire. Les histoires sont ma raison d'être.
Je suis pourtant d'accord sur plusieurs points avec l'économiste:
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les histoires ont un pouvoir social (je dirais symbolique, réflexe de sémioticienne);
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elles nous mettent en relation les uns et les unes avec les autres;
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même ce qui n'est pas de la fiction se donne plus souvent qu'autrement sous forme d'histoire.
Pour lui, il y a lieu de se méfier. Parce que les histoires simplifient la réalité (souvent réduite à une opposition entre le bien et le mal). Parce que les histoires cherchent toujours une explication à tout. Parce que, avec les histoires, on peut manipuler les gens.
Son discours fait sens. Je peux donner des histoires en exemple. La guerre entre Shadows et Vorlons dans Babylon 5 expliquée par une bébête et vulgaire opposition entre bien et mal (amère déception!). La finale de Lost, qui cherche tant bien que mal à expliquer le pourquoi du comment (wtf?). Tous les gens qui croient que Benigno (Benigno, vraiment!) est amoureux d'Alicia et que ça justifie le fait qu'il l'a fout enceinte alors qu'elle est dans le coma (people, it's rape! and he is a sick, sick man!) dans Hable con ella.
Mais de la méfiance envers les histoires, vraiment?
En fin de parcours, Cowen ne condamne pas les histoires. Il invite plutôt à demeurer critique, surtout envers les contes de fées et les histoires de combattants glorieux.
Je ne peux qu'être d'accord.
Les histoires sont comme les gens. Elles sont capables du pire et du meilleur.
Le truc, c'est de garder son sens critique en mode alerte. Question de ne pas se faire passer des vessies pour des lanternes. Que ce soit en économie ou en littérature.

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