
— J'aimerais être un gars pour que le boucher me parle des coupes de viande en détail et me raconte sa vie de boucher. Quand j'allais chez le boucher avec le garçon à peine adulte, il avait toujours droit à une histoire!
— Le secret, c’est de prendre un petit morceau. Tu le mets sur ton palais, tu le soçotte, il devient mou. Là, tu le mastiques longtemps et tu l’avales.
— Moi, j'ai droit seulement à des «mademoiselle» très chaleureux ou des «madame» courtois selon comment je suis habillée.
— Les gangs de chums qui s’en vont voir le hockey, les gens de plein-air, les fumeux de pot et ceux qui aiment sucer longtemps un morceau pour se vider l’esprit.
— C'est pas juste!
— Eh bien, moi, j'ai eu droit aux coupes de viande et aux marinades pour les olives (si on parle bien du même boucher... que je soupçonne d'être un ancien culturiste).
— C’est une vraie discipline. Faut bien manger, bien dormir, lâcher la boisson et les sucres. C’est dur aussi, parce qu’il y a beaucoup de culturistes qui perdent leurs femmes. À cause des stéroïdes et de la testostérone que les gars prennent, ils développent une agressivité et une grande libido. Ils répondent sec à leurs épouses et veulent avoir du sexe tout le temps. Elles finissent par se tanner.
— Oh oui, on parle certainement du même! Il a parlé un peu des marinades aujourd'hui. Pas de la viande malheureusement... J'ai eu droit à un «ma chère dame».
— Pour ceux qui en abusent, oui. On pogne pour notre look, mais pas pour notre jasette. Si le gars a rien dans la tête, la fille va se dire: «T’as pris des stéros, tu bandes pus, t’as rien dans les culottes.»
— Ah, les coupes de viandes... Z'avez pas eu droit à un discours lyrique sur le jambon vaudois?
— Chose certaine, mon Jerky est le meilleur à Montréal! C’est un produit artisanal sans glutamate monosodique, sans nitrite ni agent de conservation. J’ai les deux sortes: le Pop-corn pepper (au poivre) et l’ordinaire fumé. Les militaires d’Alberta s’en gavent, parce que ça garde l’hydratation du corps. Quand ils viennent sur les bases militaires à Montréal, ils en veulent toujours, c’est pour ça que j’ai commencé à le faire venir pour eux. Quand ils y goûtaient, les premières fois, ils disaient toujours : «Esti de câlisse, t’as le vrai!»
• Daniel Malo, boucher, ancien culturiste, une photo de Joannie Lafrenière publiée dans Urbania