
«Mais ne t'irrite donc pas comme ça, il faut savoir prendre la vie du bon côté, essaie donc de voir l'aspect comique des choses, suis mon conseil, au fond, il suffit d'en rire...»
Seul un coup de feu, et pas nécessairement métaphorique, est digne d'interrompre ce genre d'exhortations, qui n'ont pour résultat que d'ajouter, dans l'esprit du destinataire, la fureur homicide à la pulsion suicidaire. Ah, le regard serein, débonnaire, pacifique de celui qui a fait, et veut vous faire faire la paix avec le monde et ses aiguillons empoisonnés! L'effacer méchamment, l'arracher immédiatement des orbites de ce maudit bonhomme au cœur content, de cet insupportable rieur!
Dont les sages paroles, par ailleurs, vous écrasent sous la plus frustrante, la plus humiliante des accusations, puisqu'elles sous-entendent qu'il existe, par rapport à la vie, une attitude équilibrée, séraphique, «juste», une façon, une technique, une gymnastique existentielle que vous n'avez pas apprise, ni comprise, ni même vue, bien qu'elle soit d'un usage on ne peut plus simple et tout le temps là, à portée de vos yeux aveugles, de votre main malhabile...
Fruttero & Lucentini, La sauvegarde du sourire
• Le bon côté, une photo de Cyril.F (cc by-nc-sa)