Jeudi 26 avril 2001, 20 h 33, 85 East 4th Street, New York
J’ai lu des textes en français à un auditoire anglophone. Parce que j’ai eu la trouille. Parce que mon directeur de thèse, Edgar Lawrence, était au programme juste avant moi. Parce que sa plume m’impressionne, me dépasse, m’intimide. Et que je ne voulais pas être comparée à lui, à son talent.
Quand je sors de scène après avoir reçu de maigres applaudissements, Denis, le proprio de l’endroit, me tend la main, comme pour me supporter.
— Good work, Welby.
— Waychuk, you didn’t get a word of what I said. Your French is nonexistent, at best.
— You’re right, love, but knowing you, I’m sure that what you read was nothing less than fantastic.
Je m’installe au bar, Denis me tend un verre de rouge et va s’occuper de ses clientes, clients.
Un homme prend place à mes côtés, me sourit, lève son verre et me félicite dans un français tout ce qu’il y a de plus impeccable. Je lève aussi mon verre, lui souris. Son complet Armani détonne dans ce lieu où trônent des centaines d’artefacts de la propagande soviétique. Je lui tends la main.
— Victoria.
— Hirohito.
Il commente, dans un français toujours tout ce qu’il y a de plus impeccable, les textes mis en lecture au cours de la soirée. Ses interprétations sont fines, érudites, émouvantes. Il poursuit la discussion en me racontant ses passions littéraires. Je me laisse charmer par son discours, son lyrisme, sa voix, ses gestes, son rire et son sourire discret.
Avant de quitter le bar, il me tend sa carte professionnelle.
— Ce fut un réel plaisir.

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