Samedi 5 mai 2001, 4 h 12, 200 East 7th Street, New York

Nous avons quitté le restaurant très tôt. Il voulait que je l’accompagne à son hôtel, mais j’ai préféré l’inviter chez moi. Nous avons bu beaucoup de vin, fumé de nombreuses cigarettes, baisé énormément.

Maintenant que nos corps sont exténués et qu’ils refusent de bouger encore, alors que nous fumons une autre cigarette, que nous buvons un autre verre de vin, il m’explique sa situation. Sa femme et ses enfants habitent au Japon. Lui passe six mois là-bas, six mois ici. C’est un mariage convenu entre familles extrêmement aisées. Il est inconcevable qu’il en soit autrement, différemment, que quelqu’un, quelqu’une, refuse de jouer son rôle.

Il relève délicatement mon visage en posant ses doigts le long de ma mâchoire.

— Je ne la quitterai jamais. Tu comprends?

Je l’embrasse. Je trouve assez d’énergie pour branler sa queue, la réveiller suffisamment afin de lui enfiler un condom et de la prendre en moi. Nos corps bougent à peine, mais le sentiment, la sensation sont délicieux. Nous nous endormons comme ça, lui dans moi, sans jouir.

Il ne me reparlera plus jamais de sa femme, de ses enfants, de sa famille. Je ne poserai jamais de question.

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