Béla

Welby 2, Torpilleur -20

Il est étonné de se trouver ici. C'est moi qui l'ai invité. En bonne et due forme. D'avance. Et dans un bon resto. Il en perd presque sa verve acide.

Nous en sommes au dessert. Je déguste mes framboises une à une, lentement, langoureusement. Bien sûr, le Torpilleur aime bien cette manoeuvre adolescente. Son pied glisse lentement le long de ma cuisse. Je souris presque affectueusement. Le Torpilleur interrompt son mouvement brusquement alors que le bout de son orteil est à l'orée de ma chatte.

— Pas de culotte?

— Pas de culotte.

De l'autre côté de la glace

Ça gratte à la fenêtre de mon nouveau bureau. Je lève les yeux. Béla. Instantanément, mon désir s'éveille. Je souris. Béla sourit. Je reste là, à le contempler un moment. Il est drôlement beau, Béla.

Puis, un déclic. La fenêtre de mon nouveau bureau ne s'ouvre pas. Béla comprend la situation en même temps que moi. Il ferme les yeux, pose son front sur la vitre, soupire.

Je m'approche de la fenêtre. Je pose mes doigts là où se trouve son front, les glisse le long de sa tempe. Béla ouvre les yeux, installe sa main à plat sur la vitre. Je glisse ma main en face de la sienne. Foutue fenêtre.

Je jette un coup d'oeil vers l'entrejambe de Béla, où point sa verge, gavée d'enthousiasme. Mes doigts sur la vitre tentent d'attraper son vit, en vain.

Zone érgonène IX

Mon désir, après des semaines, des mois de silence obstiné, têtu, douloureux, émerge tranquillement. Dans mon ventre, dans mes tripes, dans mon bas-ventre, dans ma tête, dans mon âme, dans ma conscience et mon inconscient, dans mes rêves.

Je m'accroche aux quelques souvenirs des récentes rencontres avec Béla. L'expérience millénaire de Béla (millénaire, c'est un peu exagéré, j'avoue, mais ça sonne plus joli que bicentenaire, ce qui serait la stricte vérité — la littéraire que je suis préfère la sonorité à la signification absolue, à la référence rigoureuse). Sa langue experte, agile, leste. Sa bouche vorace, avide. La sensation à la fois exquise et étrange de ses crocs sur ma peau. Mmmmmmmmmmmmmmmm...

Je pense à Pinpon. Pinpon qui est partant pour tous les projets ludiques et lubriques, même les plus fous. Pinpon à l'imagination débordante et chatoyante. Les mains de Pinpon sur mon corps. Ses doigts le long de mes nymphes, de mes grandes lèvres. Les doigts, la main, le poing de Pinpon dans mon con. Mmmmmmmmmmm...

Crépuscule

Ça gratte à la fenêtre du bureau. Je tourne la tête. C'est Béla. Vêtu de sombre, comme d'habitude. En grande beauté. Je souris, il entre. Il a amené des provisions pour qu'on se sustente. Il me tend le sac; je le pose par terre. En me relevant, je défais la braguette du pantalon de Béla. D'une main, je fais tomber son manteau, son veston, je défais les boutons de sa chemise; de l'autre, j'enlève mes vêtements à moi. Béla lève un sourcil, les commissures de ses lèvres tendent vers le haut. Béla a le sourire subtil, mais terriblement sexy.

Un peu après l'aube

Je suis enfermée dans mon bureau comme c'est le cas depuis plusieurs mois. Depuis de longs mois. J'essaie tant bien que mal de bosser, mais la concentration n'y est pas vraiment. Comme c'est le cas depuis plusieurs mois.

Songe?

J'ai laissé la fenêtre ouverte parce que Béla doit passer. Je me suis assoupie, le livre que je lisais repose sur mon visage.

Un coup de vent. Drap et couette ne recouvrent plus mon pied. Une main s'y pose, ferme, tendre, cajoleuse. Des bisous discrets le long de mon tibia. Deux mains suivent, massant la chair, caressant la peau. De délicieuses sensations sur ma cuisse, contact enivrant d'un autre corps, d'un autre épiderme. Délicates morsures sur ma hanche. Qu'on lèche et pourlèche. Une main se pose sur mon ventre, s'ouvrant et se refermant au rythme de ma respiration. Une bouche arpente mon flanc de bas en haut, de haut en bas. La main remonte vers mon sein, le prend, le caresse, l'aime tendrement. La bouche explore mon cou, mon épaule, la région de ma clavicule.

Pleine lune

Ça gratte à la fenêtre. Je pose l'ordinateur à côté de moi, sur le lit, je me lève et tire le rideau. Un visage livide aux traits acérés, des cheveux et des yeux plus noirs qu’une nuit sans lune. Béla. J'ouvre la fenêtre.

— Je peux entrer?

— Oui.

— Ça va?

— Ça va.

— Ça ne va pas...

Béla me retrouve généralement au bureau.

— Tu abandonnes le centre-ville?

— Ça fait un moment qu'il n'y a pas de Victoria au centre-ville. Tu me manques

— Je sais... mauvaise passe... je ne suis pas très rigolote à côtoyer ces temps-ci.

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Contorsion

Je l'ai déjà dit, je n'ai pas de préférence particulière pour un type physique. Je donne plutôt dans le cerveau et la personnalité.

Certains traits corporels, par contre, m'enchantent, m'animent, m'allument.

Béla possède un corps, une âme, un esprit, une personnalité, des goûts atemporels. C'est un être de la nuit et de l'éternité. Il participe à la fois de l'humain et de la bête. Béla est costaud.

L'énergumène

Je bosse tard au boulot. La session est terminée depuis un moment maintenant, mais j'ai pris du retard avec les différents projets que j'ai entamés, je dois donc mettre les bouchées doubles pour tout finir à temps.

Un bruit discret me fait lever les yeux de mon écran. Le généticien de la littérature passe comme une ombre devant ma porte, sans même jeter ne serait-ce que le dixième d'un regard dans ma direction. Et il a encore ma tasse à la main. J'ai pourtant glissé un mot sous sa porte, dernièrement, pour lui demander de me la rendre. Foutu généticien...

La première fois que Béla s'est pointé à mon bureau, avec sa beauté pleine-lunaire, je tenais cette tasse à la main. Il était derrière moi, tout près, et embrassait ma nuque avidement. Sa main a longé mon bras, sensuellement, et s'est emparé de la tasse. Longtemps il m'a embrassée et caressée en tenant la tasse et son liquide brûlant à bout de bras. Jusqu'à ce que je le supplie de la poser, parce que j'avais envie de lui, de tout lui, partout autour de moi, sur moi, dans moi.

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