Dialogue

Un conte de Noël

Il me demande une histoire. De façon détournée, mais, tout de même, une histoire. De Noël. Rien de moins.

Je ne suis pas très Noël. Mais je suis très histoire.

Pendant un moment, j'imagine une ixième variation érotique sur le fameux conte de Dickens. Et puis je me dis que je ne suis vraiment pas assez Noël pour réussir un tel cliché.

Je finis par lui demander un scénario, question d'avoir un brin d'inspiration. Intello qu'il est, il me soumet un schéma théorique qui doit me servir de canevas. Avec une erreur. Un peu comme si un psychalanyste confondait le ça et le surmoi, l'inconscient et le conscient.

Outre que j'ai bien envie de me foutre de sa gueule pour cette erreur de novice, l'impair m'inspire presque. Il a inversé la relation de désir entre les termes, chosifiant l'être et anthropomorphisant l'objet.

Raconte-moi une histoire...

Il se penche par-dessus mon épaule et jette un oeil sur l'écran.

— Qu'est-ce que tu fais?

— J'écris une histoire.

— Érotique?

— Bien sûr.

— Je peux lire?

Confusion

Quelqu'un se tient dans le cadre de la porte de mon bureau. Avec insistance, je dirais. Je lève les yeux de mon texte, exaspérée. Mon exaspération ne concerne pas le visiteur impromptu. Je ne le connais ni d'Ève ni d'Adam. C'est ce foutu texte, qui résiste, encore et toujours. L'homme semble égaré. Ce qui n'est pas étonnant, vue l'architecture labyrinthique du Département.

— La Chaire de recherche en littérature transgénique?

Je fais un geste vague de la main en direction du bureau de mon collègue et retourne à mon foutu texte.

L'énergumène

Je bosse tard au boulot. La session est terminée depuis un moment maintenant, mais j'ai pris du retard avec les différents projets que j'ai entamés, je dois donc mettre les bouchées doubles pour tout finir à temps.

Un bruit discret me fait lever les yeux de mon écran. Le généticien de la littérature passe comme une ombre devant ma porte, sans même jeter ne serait-ce que le dixième d'un regard dans ma direction. Et il a encore ma tasse à la main. J'ai pourtant glissé un mot sous sa porte, dernièrement, pour lui demander de me la rendre. Foutu généticien...

La première fois que Béla s'est pointé à mon bureau, avec sa beauté pleine-lunaire, je tenais cette tasse à la main. Il était derrière moi, tout près, et embrassait ma nuque avidement. Sa main a longé mon bras, sensuellement, et s'est emparé de la tasse. Longtemps il m'a embrassée et caressée en tenant la tasse et son liquide brûlant à bout de bras. Jusqu'à ce que je le supplie de la poser, parce que j'avais envie de lui, de tout lui, partout autour de moi, sur moi, dans moi.

Premier rendez-vous

— Do I really have to wear the blindfold?

— Bien sûr, c'est une blind date.

Dans le monde virtuel, il a lancé une question invraisemblable : es-tu ma femme? Le culot de la chose m'a fait sourire. Le personnage exposé dans le blogue m'a presque séduite. J'ai lancé une invitation. Il devait se trouver au pied du mont Royal à quinze heures, les yeux bandés. Il y était. Sexy, le cran.

Casemate

Très tôt le matin, dans un corridor de l'université, des employés, quelques mètres devant moi, pointent du doigt une porte entrouverte et rient à gorge déployée. Arrivée à ladite porte, curieuse, je passe la tête par l'entrebâillement.

Une masse humaine dans un sac de couchage bleu. Deux mains et quelques mèches de cheveux dépassent. Un livre de Lakoff traîne à côté du dormeur.

Je ressort la tête du bureau et lis la plaque sur le mur : « Chaire de recherche en littérature transgénique ».

Éric et moi

Il est penché au-dessus d'un tas informe de feuilles et de bouquins. Il a l'air d'un intello fou. Très fou. C'est sexy. Bien que la cafétéria ne soit pas pleine à craquer et que plusieurs tables demeurent disponibles, je demande tout de même, en pointant la place en face de la sienne :

— Puis-je?

J'interprète le geste indistinct de la main et le grommellement comme un « oui ». Jamais gagnés d'avance, les intellos. Il faut les avoir à l'usure.

Je m'assois, donc, pose mon café et mon ordinateur sur le bout de table qu'il n'a pas encore envahi avec ses choses à lui.

Je pianote sans trop d'inspiration sur les touches de mon clavier. Je zieute de son côté sans me gêner puisque le monde ne semble pas exister autour de lui. Sauf quand un gardien de sécurité passe près de lui. On sent un léger crispement dans sa posture. Mais c'est là le seul signe indiquant qu'il est conscient de son entourage.

Je plonge.

— À quoi travaillez-vous?

Il lève la tête. Une profondeur abyssale dans ses yeux noirs.

Troubadours

Je m'arrête rarement pour voir les amuseurs publics dans la rue. Ça n'accroche pas trop la fibre intello en moi. Mais, aujourd'hui, je suis d'humeur légère. J'ai une glace à la main, le soleil plombe, je suis en congé. Sourire.

On reconnaît un arbre à ses fruits

5 août 2007. 13 heures 17.

Je lui fais une visite surprise au bureau. C'est son anniversaire.

J'ai à la main une paire de billets de saison pour le hockey. Cadeau. Je les pose sur le coin de sa table.

Je relève gentiment un bout de ma jupe anthracite pour lui laisser voir un morceau de mon porte-jarretelle azur. Autre cadeau. Je pose la cuisse sur le coin de la table; il pose la main sur ma cuisse; je pose la main sur sa braguette; il enlève la jupe du chemin; je défais la braguette et baisse son pantalon.

J'ai toujours aimé les costards. Ça m'allume. Et lui, en costard, il est particulièrement sexy. Mais il a une sale manie : sous son costard impeccable, il cache un vieux caleçon gris plein de trous. Disons que ça fait partie de son charme. Ça m'émeut. Je baisse le caleçon et j'installe bien gentiment ma chatte sur sa pine. Les mains de chaque côté de son visage, je ne cesse de l'embrasser pendant que mon bassin, rythmiquement, va et vient.

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