Lieu

Lieu IX

Heure de pointe du matin dans le métro. Entre un couple. Clairement amoureux.

Alors que tout le monde aimerait être moins tassé, moins collé les uns aux autres, eux s'agglutinent l'un à l'autre. Alors que la masse de voyageuses et de voyageurs arbore un air fatigué ou exaspéré ou juste pas réveillé, eux se sourient éperdument. Leurs mains caressent le corps de l'autre, tentent de le rapprocher comme s'il y avait encore un millimètre de trop entre eux deux.

Lieu VIII : Hilton

Après une longue journée à écouter des communications aux qualités variables, après une longue soirée de présentations d'artiste allant du très impressionnant aux sortez-moi-d'ici-avant-que-je-ne-meurs-d'ennui, nous relaxons autour d'une bouteille de vin dans le bar de l'hôtel.

Je vais au petit coin et, quand je reviens à la table, le Torpilleur s'est joint au groupe.

Je fige. Une partie de moi veut faire demi-tour et monter à sa chambre sans demander son reste. Le Torpilleur est un type insupportable. Vraiment. Insupportable. Très.

Une autre partie de moi veut monter à sa chambre à lui et baiser à tout rompre.

Il est insupportable mais il m'allume. Terriblement. Mon corps veut, désire, réclame son corps.

Lieu VII

Pour Charlie

On est a 8500 pieds d'altitude. Assis au bout d'une roche. Mon dos repose contre sa poitrine, respirations synchrones. La sueur de nos corps épuisés commence à peine à sécher.

Devant nous, un grand vide. Puis les Rocheuses, à perte de vue. Quelques sommets enneigés. Derrière nous, d'autres grimpeuses, grimpeurs reprennent leur souffle.

Il passe ses bras sous les miens, pose une main sur mon ventre, l'autre sur ma poitrine, me caresse calmement. Ses doigts glissent délicatement vers mon pubis, ma chatte. Je décolle mon corps du sien juste assez pour passer mes mains dans mon dos, défaire sa braguette et m'emparer de son membre. Je bouge à peine les doigts, je me contente de les serrer autour de sa bite, puis de les détendre à un rythme régulier.

Ses câlins me font gémir. Il place son visage tout près de mon oreille.

— Chhhhhhhhhhhhhhhhhut. Il y a des gens.

Lieu VII

Ils s'embrassent passionnément. Comme ça. En plein milieu d'un autobus bondé de monde. Ils sont beaux. Moment de grâce déchirant la toile morne du quotidien d'une heure de pointe de fin de journée.

— Oh! Arrêtez! C'est quoi, ces saloperies, en public?

Dit un monsieur pas très loin de moi et qui a l'air très, très outré.

Un baiser? Des saloperies? J'interviens.

— Moi, je suis plutôt charmée par cette expression publique de tendresse.

Le monsieur outré est encore plus outré.

— On vous a pas demandé votre avis, à vous!

Lieu VI

Une chambre d'hôtel anonyme. Une tête rousse entre mes jambes. Une langue qui se balade de mon clitoris à mon périnée. Mes mains qui agrippent les draps et les couvertures. C'est bon, vachement bon.

Ponctuellement, il relève la tête, pointe ses yeux vert tendre vers les miens et me raconte son art et sa passion. Parfois, il termine sa phrase avec déjà un morceau de ma chatte entre les lèvres, entre les dents, au bout de la langue. Phrases musicales incarnées, mélodies ondulatoires.

Lieu V : Apéro

Je suis avec un vieux pote. On prend l'apéro en attendant sa toute récente dulcinée et le petit monsieur qui fait battre mon coeur et mon clitoris en ce moment.

Il y a toujours eu une tension érotique entre lui et moi, mais nous ne sommes jamais passés à l'acte. L'amitié fait parfois obstacle aux désirs.

Pour une raison qui m'échappe — et qui lui échappe probablement aussi —, l'amitié, aujourd'hui, ne semble pas faire barrière. Le désir est là, présent, évident, gros, invitant. On plonge. Au milieu d'un baiser avide, je précise :

Lieu IV : Flirt anonyme

Au détour d'une intersection où s'entrecroisaient et s'entrechoquaient des tas de gens pressés, au milieu de cette circulation humaine incertaine, nos corps se sont heurtés. Quand j'ai levé la tête pour lancer un regard méchant et outré au grossier personnage qui osait ainsi me brusquer, j'ai vu un visage presque angélique, des cheveux tout fous, un regard qui n'osait pas soutenir le mien, une timidité rougissante, quelque chose qui ressemblait à une excuse dans le fond de l'oeil. Et, surtout, du désir. Beaucoup de désir. Un grand débordement de désir.

J'ai posé les doigts sur ton bras, celui qui s'était avancé pour retenir ma peut-être chute suite à notre collision. J'ai laissé mes doigts glisser sur ton avant-bras jusqu'à la paume de ta main, puis jusqu'au bout de tes doigts. Et j'ai repris ma route, en te reluquant par-dessus mon épaule, t'invitant du regard, du sourcil haussé coquinement, à oser la poursuite.

Tu as osé. Tu m'as suivie. Après deux ou trois coups d'oeil, j'ai cessé de vérifier. Je te savais là, ton désir surpassant ta timidité, faisant fi du caractère incongru, étrange, bizarre de la situation. Je suis devenu félin, tu t'es transformé, tant bien que mal, en chasseur.

Lieu III : Colocation

Nous avons chacune ramené un amant pour la nuit. Nous avons beaucoup picolé, nous sommes très sérieusement pompettes. Nos amants sont passablement pas mal éméchés aussi. Ça rigole et ça chancelle et ça chambranle de partout.

Une fois entrée, j'opte sans grande clarté d'esprit pour la première porte à gauche. C'est une bonne idée, c'est ma chambre. L'autre de mon duo à moi fait de même. Nous nous affalons sur mon lit. Il me semble que le duo de ma colocataire opte pour la première porte à droite : le salon.

Les câlins et les bisous m'enivrent encore plus que l'alcool. Je suis totalement excitée mais bonne à rien. Le membre tumescent de mon amant du moment m'indique qu'il est lui aussi complètement allumé, mais la façon dont son corps choit sur le mien me confirme que son handicap éthylique est au moins aussi important que le mien. On finit par se marrer comme des cons, parce qu'il n'y a rien d'autre à faire entre notre désir de l'autre et notre incapacité à l'assouvir.

Lieu II : Clair de lune

Une plage. Une plage que peu de gens fréquentent. Ou une plage à ce moment de la nuit où plus personne ne la fréquente vraiment. Un peu d'intimité, quoi. Peut-être un feu. Parce que sa lumière dessine de jolis traits, sans trop les définir. Parce que ses flammes réchauffent juste pas tout à fait assez et qu'on peut réclamer de la chaleur humaine en surplus.

Des envies de faire l'adolescente. D'embrasser l'autre, de se laisser embrasser, toute la nuit, et de rentrer au bercail avec ce désir fou, inassouvi, dans le bas du ventre. Des envies de hurler à la lune, de faire la louve. Des envies de faire l'amour, qu'on retient, parce qu'on est frileuse et que la température ne se fait pas généreuse cette nuit-là.

Des envies de lui tailler une pipe. Parce qu'il fait trop froid pour le reste. Parce que je me sens adolescente. Parce que le sable est confortable. Parce qu'il y a la pleine lune bien haut dans le ciel et qu'elle se reflète dans la baie. Parce qu'il est là et qu'il est lui. Charmant, mignon, sexy. Appétissant.

Lieu I

J'adore les chambres de motels. Pas les motels simili chics où se retrouvent les nouveaux mariés au budget ou à l'esprit étroits. Pas les motels pseudo grandioses qui ont la prétention de l'hôtel ou de l'autel. J'aime les vrais motels, ces endroits crades qu'on croise sur les grandes routes. Les verres stérilisés et emballés. Le morceau de papier qui entrave la lunette de la toilette et qui prétend nous faire croire à une propreté absolue qui nous est personnellement destinée. Les serviettes de bain toujours trop petites, toujours trop minces, mais impeccablement pliées et rangées.

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